B 1

Moi, c’est Karim. J’ai 45 ans. Je suis ce qu’on appelle un « gros bosseur ».

Après une reconversion professionnelle, je suis maintenant mécanicien automobile, à mon compte depuis 5 ans. J’ai beaucoup de clients et plein de boulot.

C’est notamment cela que mon épouse me reproche : de ne pas profiter de la vie, de trop travailler. À force, j’ai senti qu’une incompatibilité s’installait entre nous. Ça fait déjà six mois qu’on n’arrive plus trop à se comprendre ; on ne se parle pas et ça dégénère de jour en jour. Moi, je suis un gars réservé. Je parle quand c’est nécessaire mais ce n’est pas moi qui vais aller raconter ma vie à tout le monde.

Ce soir-là, j’étais détruit. Je ne savais plus si c’était perdu pour nous ou pas. J’avais envie d’oublier tout ce qu’il s’était passé dans la journée parce que c’était horrible. J’avais déjà fait une tentative de suicide il y a quelques temps et j’avais promis à mon fils que je ne recommencerais plus. Ma femme était restée indifférente à ce geste. Depuis, on se parlait encore moins. À l’hôpital, j’avais pu me confier à deux infirmiers et ça m’avait fait du bien. Ils avaient bien compris ce que j’avais sur le cœur. Donc, j’ai cherché un numéro pour parler à nouveau. Parce que c’est plus facile pour moi de parler avec des inconnus.

Mon frère est décédé subitement et il me manque ; encore plus dans ces moments-là. Mes parents sont trop âgés. Je ne veux pas les inquiéter. Mes copains sont supers mais je ne veux pas avoir le sentiment de trahir ma femme en leur parlant de nos problèmes.

J’ai cherché sur internet parce qu’il fallait que je parle à quelqu’un. J’ai tout de suite trouvé le 3114.

C’était la nuit et je n’arrivais pas à dormir. J’ai composé le numéro et c’est une dame qui a décroché. J’ai parlé de mes problèmes et elle a su m’écouter, m’entendre. Me rassurer, même. Elle a vraiment cherché le fond du problème en me posant plein de questions. J’ai rappelé trois-quatre fois depuis et j’ai eu des gens différents. En majorité, ils ont su trouver les mots pour que j’accroche à la conversation. Je dois dire que ça a plutôt bien marché.

Oh, j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir ! Pour moi personnellement et dans mon couple. C’est sûr que le 3114 n’a pas de baguette magique ! Ce n’est pas eux qui vont régler nos problèmes. Ils nous orientent, nous remontent le moral et c’est à nous à franchir le pas ensuite. Mais en parler, ça permet d’ouvrir les yeux sur certains points qu’on n’avait pas spécialement vus.

On a beau mesurer 2 mètres et 150 kg, on a le droit d’être malheureux. Et on a le droit de se faire aider. Alors, il faut y aller, il ne faut pas hésiter à appeler. Quand on a la grippe, on va chez le médecin. Au 3114, ce sont des professionnels des idées suicidaires donc, il ne faut pas hésiter à franchir ce pas.

Vous êtes un homme, vous avez lu ce témoignage, et vous voulez donner votre opinion et aider la prévention du suicide, laissez votre mail ici :

Ce témoignage a été recueilli lors d’un entretien mené par une sociologue. Une équipe pluridisciplinaire l’a ensuite résumé pour mettre en lumière son parcours. Ce résumé a été relu et validé par Karim, qui est un prénom d’emprunt, pour préserver l’anonymat de ce témoignage.

Partager sur
Aller au contenu principal